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Tailleur de pierre en action© Regula Eckert/OFPC-SISPBertrand Muller, apprenti tailleur de pierre de 4e année, façonne la moulure d'une main courante de balustrade.

Les tailleurs de pierre mettent leur art au service de la construction

Ces artisans bâtissent et restaurent tout type d'ouvrage en pierre naturelle

Regula Eckert Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) Genève

«Après des décennies de construction en béton, la pierre naturelle bénéficie d’un regain d’intérêt, observe Luc Chappuis, président de l’Association romande des métiers de la pierre. Ce matériau originel, non transformé, est apprécié pour sa durabilité, ses propriétés isolantes et la richesse de ses nuances. Les chantiers avec de la pierre naturelle varient toutefois selon les régions. L’arc lémanique offre davantage d’opportunités que l’arrière-pays.»

Parements de façades, arcs, voûtes, piliers, escaliers, cheminées, fontaines ou murs: les tailleurs de pierre conçoivent et réalisent une grande diversité d’ouvrages en pierre de roches sédimentaires, comme la molasse, le grès ou le calcaire. Œuvrant dans la construction neuve, la rénovation, la restauration d’édifices et de monuments historiques ou la construction paysagère, ces artisans d’art ont développé un savoir-faire unique associant connaissances techniques et architecturales. Héritiers d’une tradition séculaire, ils sont aujourd’hui les interlocuteurs privilégiés de designers, architectes, maîtres d’ouvrage institutionnels et particuliers.

Une formation équilibrée

En Suisse romande, on s’initie à ce métier par un apprentissage dual (école-entreprise) qui aboutit en quatre ans à un CFC. Les cours théoriques ont lieu dans des classes intercantonales au Centre d’enseignement professionnel de Morges. Un socle de connaissances communes en dessin artistique et technique, outils et machines, géométrie et calculs, sécurité et environnement sont dispensées aux apprentis des quatre métiers apparentés: tailleurs de pierre, marbriers, marbriers du bâtiment et sculpteurs sur pierre. «L’objectif est de favoriser leur polyvalence et de doter les élèves d’une large culture professionnelle», souligne Philippe Cartan, chargé de cours pour la filière des métiers de la pierre. L’enseignement théorique porte aussi sur la géologie (formation de la terre, pétrologie) et l’histoire de l’art (architecture, sculpture et calligraphie).

Bertrand Muller, apprenti tailleur de pierre de 4e année à l’Atelier Comte, à Lully (GE), s’est lancé dans cette formation d’une année à la suite d’un premier CFC de marbrier, motivé par la très grande diversité des ouvrages qu’il est possible de réaliser en pierre naturelle. «Cette société artisanale de taille de pierre active dans la construction et la rénovation offre un cadre idéal pour aborder toutes les facettes du métier», estime le jeune homme, guidé sur les chantiers comme dans l’atelier par les tailleurs de pierre chevronnés de l’entreprise formatrice. «Que l’on soit apprenti ou professionnel confirmé, on partage sa pratique et on se prête main-forte pour terminer un ouvrage à temps», relève le tailleur de pierre porté par un fort sentiment d’appartenance à sa corporation.

Dompter la pierre

«Chaque taille est minutieusement préparée: choix des pierres, tracés des épures (plans de grandeur réelle), reports des formes. Les blocs sont ensuite découpés, façonnés, martelés, ciselés avec différents outils selon la dureté de la roche, pour éviter toute fissure ou dérapage», explique l’apprenti qui a particulièrement apprécié la réalisation d’une niche en demicoupole pour une fontaine. «Un travail très technique: les pièces ont été découpées en fonction de leur position dans l’appareil, de manière à ce que l’ensemble tienne en équilibre, avant d’être scellé par un mortier naturel, mélange de chaux vive et de sable.»

Si la disqueuse électrique, la massette et le ciseau pneumatiques facilitent les découpes des ébauches, ces machines portatives ne remplacent pas pour autant les outils artisanaux du tailleur de pierre. Boucharde, gradine, taillant ou réparoir sont indispensables pour travailler avec précision angles et moulures.

Maîtrisant déjà les bases du métier, Bertrand Muller participe également à de grands chantiers, dont la rénovation d’éléments de façades (pierres de parement et d’angle, linteaux et bandeaux) du château de Jussy (GE) ou encore la restauration de la balustrade de la cour intérieure de l’Hôtel de Ville de Genève.

«Le métier de tailleur de pierre ne s’apprend pas dans les livres, mais de maître à apprenti, en multipliant les expériences dans différents environnements professionnels», estime son patron Arnaud Olivier, formé à la taille de pierre à Dijon (en Bourgogne), puis en itinérance auprès de compagnons tailleurs de pierre. Aujourd’hui à la tête d’une entreprise de quinze employés, cet artisan passionné forme des apprentis depuis dix ans. Il transmet ainsi un savoirfaire traditionnel enrichi par de nouvelles technologies, notamment la conception assistée par ordinateur.

Un brevet fédéral d’artisan en conservation du patrimoine bâti culturel, filière pierre naturelle, peut parachever cette formation. Par ailleurs, la maturité professionnelle effectuée en une année post-CFC offre la possibilité d’accéder à une filière HES correspondante: design industriel, architecture ou restauration conservation.

Comme d’autres artisans d’art, les tailleurs de pierre, marbriers et sculpteurs sur pierre participent aux Journées européennes des métiers d’art 2017, qui se déroulent du 31 mars au 2 avril dans 19 pays et dans quatre cantons romands (VD, GE, NE, JU). Programme complet sur: www.metiersdart.ch