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Travail d'émaillage en forme d'étoile© CGHHRéalisation d'un exercice d'émaillage d'une gravure en champlevé. L'émailleur intervient principalement sur les cadrans de montres et leur apporte une valeur esthétique personnalisée.

Le métier d'émailleur retrouve ses lettres de noblesse à Genève

Le Campus genevois de haute horlogerie lance une formation d'émailleur unique en Suisse romande

La vocation de notre école est de pérenniser les savoir-faire liés à l’horlogerie et à l’artisanat d’art», lance Damien Gisler, responsable de formation au Campus genevois de haute horlogerie (CGHH).

C’est dans cet esprit qu’une formation certifiée d’émailleur, unique en Suisse romande, sera proposée par le Campus dès la rentrée de 2017. L’apprenti émailleur obtiendra au terme de sa formation un certificat reconnu par l’Ecole des métiers et artisans de haute horlogerie.

«Le travail de l’émail représente une réelle valeur ajoutée au sein des maisons du Groupe Richemont. Or, depuis le début des années 70, il n’existe aucune formation officielle. Il n’est pas question de produire des artisans d’art en nombre, mais bien de poursuivre une dynamique de préservation de ces métiers», précise le responsable.

Utilisé dans l’artisanat d’art depuis plus de trois mille ans, l’émail tombe en désuétude puis renaît de ses cendres au gré des modes. «Aujourd’hui, l’émail est l’expression du prestige, l’ADN d’une marque, son patrimoine rare», dépeint Damien Gisler.

Une sensibilité partagée par Béatrice Rougemont, formatrice émail au CGHH, qui travaille depuis quatorze ans ce matériau complexe composé de cristal mélangé à des oxydes métalliques colorants. «Dans les produits haut de gamme, on réalise des pièces uniques ou de petites séries. On travaille essentiellement l’ornementation du cadran, plus rarement celle de la boîte ou de la boucle», explique l’artisane.

Traitement au feu couche après couche

D’abord broyée dans un mortier en agate, la poudre est maintes fois rincée à l’eau afin d’éliminer le limon d’émail, source d’imperfections. On la pose ensuite au pinceau sur un support métallique, souvent de l’or jaune ou gris, dont le degré de fusion, supérieur à celui de l’émail, permet une adhésion optimale. «Couche après couche, l’émail passe l’épreuve du feu, avec la surprise du résultat au sortir de chaque cuisson. Car la moindre erreur peut être fatale à la pièce», s’enflamme l’émailleuse.

La technique cloisonnée contraint l’émailleur à travailler avec un fil d’or plus fin qu’un cheveu. Grisaille, plique à jour (technique qui permet à la lumière de passer à travers l’émail, comme dans un vitrail), peinture miniature ou champlevé (qui consiste à creuser des cavités dans lesquelles sera déposé l’émail en poudre) complètent son champ d’action, pratiquement inchangé depuis le Moyen Age.

«Le travail est parfois si intense qu’on se sent en apnée, au service de la matière, admet humblement Béatrice Rougemont. Il est impossible d’exercer ce métier sous la contrainte du temps. On est toujours à la merci de l’imprévu.»

Les sens de l’artisan

«Quand l’émail est broyé avec le pilon, on sait à l’oreille s’il a atteint la finesse recherchée, assure l’émailleuse. L’instinct nous guide aussi, puisque le temps de cuisson dans un four à 800 degrés peut osciller de quelques secondes à trois minutes. L’expérience reste l’essence de notre art.»

Un attrait avéré pour la miniature et le dessin, une sensibilité aiguë aux couleurs et une patience à toute épreuve sont les principales qualités requises pour entrer en formation. «Les conditions de formation au CGHH sont idéales avec, notamment, du matériel répondant aux dernières normes ergonomiques, relève Damien Gisler. De plus, les apprentis évoluent dans une pépinière qui favorise les échanges avec les autres corps de métier horlogers et d’art. Ils prennent ainsi conscience du travail de chacun.» Et de rappeler que l’émail fait partie du patrimoine horloger genevois depuis le XVIIe siècle, avec la peinture miniature sous fondant, plus communément appelée «technique de Genève».

Recrutement en direct au CGHH

Jeudi 23 février dès 17 h, le Campus genevois de haute horlogerie (CGHH), en partenariat avec l’OFPC (Office de la formation professionnelle et continue), organise un recrutement en direct pour les formations d’opérateur en horlogerie AFP, horloger de production CFC et émailleur. Présentation de l’Ecole des métiers et artisans de haute horlogerie à 17 h 15. Entretiens individuels et visite de l’école dès 17 h 45. Se munir d’un dossier de candidature comprenant une lettre de motivation, un CV et les trois derniers bulletins scolaires. Rue André-De-Garrini 7, à Meyrin. Entrée libre. Programme complet sur www.citedesmétiers.ch/geneve sous la rubrique «Agenda».

Iris Mizrahi Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) Genève