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Robot© GETTY IMAGESSi l'automatisation menace certains emplois, elle permet aussi de soulager l'humain des activités pénibles et répétitives.

La robotisation permet de se concentrer sur des tâches plus enrichissantes

Les robots vont-ils voler notre travail? L'instauration d'un revenu de base est-elle inexorable à terme? L'avis d'un économiste.

La peur du robot remplaçant l’humain à son poste de travail redevient d’actualité via la campagne à l’élection présidentielle actuellement en France. L’un des candidats, le socialiste Benoît Hamon, pense que, du fait de la robotisation, le travail va se raréfier et qu’il faut préparer cette évolution par l’introduction d’un revenu de base universel, qui serait financé par la taxation de la richesse produite par les machines. Le risque existe-t-il vraiment? Si oui, est-il accru aujourd’hui? L’avis de Giovanni Ferro-Luzzi, directeur du nouvel Institut de recherche appliquée en économie et gestion appliquée (Ireg) de la Haute Ecole de gestion et de l’Université de Genève.

Des chercheurs anglo-saxons avancent qu’un fort pourcentage d’emplois pourrait être automatisé d’ici à quelques années. Des politiciens semblent y croire et s’en émeuvent. Que pensez-vous de ces sombres prédictions?

Cette peur n’est pas nouvelle. Elle a commencé avec la révolution industrielle. Chaque invention – vapeur, électricité, ordinateur, robot, etc. – a suscité une telle angoisse. Pourtant, force est de constater qu’à chaque fois qu’on a introduit de nouvelles machines cela n’a pas créé pour autant de chômage massif sur le marché du travail. La robotisation n’est que la suite d’une série d’évolutions technologiques qui est continue dans l’industrie. Par contre, avec les robots, cette évolution technologique se fait cette fois disruptive. Il ne s’agit plus seulement de machines pilotées par l’humain, mais d’intelligences artificielles autonomes. Jusqu’alors, l’automatisation remplaçait l’être humain dans des tâches manuelles souvent occupées par des employés les moins qualifiés et les plus pauvres. Or, aujourd’hui, la robotisation menace aussi certains emplois qualifiés, comme journaliste sportif ou technicien en radiologie médicale.

Toutefois, il faut bien comprendre que, lorsque les entreprises introduisent des innovations technologiques, elles le font dans le but de pouvoir produire à un coût plus bas afin de rester compétitives au niveau des prix sur le marché, et utiliser les employés ainsi remplacés à d’autres tâches, quitte à les former en conséquence. J’ajoute que l’équation «plus de robots égale moins d’emplois» est simpliste. De manière générale, on crée, de façon continue aussi, de nouveaux emplois, notamment dans les services à la personne. Par exemple, le professeur de Pilates et le coach n’existaient pas il y a encore quelques années.

Si même certains emplois qualifiés pouvaient être menacés par la robotisation, l’instauration d’un revenu de base est-elle inévitable?

Je ne suis pas contre le RBI (ndlr: revenu de base inconditionnel). Je trouve juste dommage qu’il soit vu comme une mesure fataliste: on part du principe que tout est fini, que les robots vont nous remplacer dans notre travail et qu’il ne reste plus qu’à octroyer un tel revenu pour permettre aux gens de vivre… Il vaut mieux former professionnellement les personnes à occuper les nouveaux emplois et utiliser plutôt le RBI à d’autres fins, notamment à redistribuer les richesses entre tous. Sans compter le problème du financement du RBI. Certains proposent de taxer le travail des robots. Mais ce n’est pas si simple à mettre en place. La première difficulté est de définir juridiquement ce qu’est un robot: un ordinateur est-il un robot ou est-ce le logiciel qui lui est intégré? Un bancomat est-il aussi un robot?

Certains relèvent que des pays à fort taux de robotisation, comme la Suisse ou l’Allemagne, ont des taux de chômage inférieurs à d’autres Etats dont l’économie est moins automatisée, comme la France. Qu’en pensez-vous?

Il n’existe pas vraiment d’informations sur le taux de robotisation de l’économie, c’est une lacune que nos instituts de statistique devraient d’ailleurs combler. J’imagine que, pour arriver à ce constat, certains ont dû comparer la part du capital que les entreprises investissent par rapport à leur masse salariale. Cela dit, il faut rappeler que le chômage n’est pas provoqué que par la robotisation, mais aussi par différents facteurs, parfois complexes: cela peut être un déficit en formation professionnelle, des inégalités sectorielles ou géographiques, des charges salariales trop élevées, un droit du travail trop rigide, etc.

En même temps, se faire remplacer par un robot et ne plus avoir besoin de travailler pour vivre, cela devrait être plutôt réjouissant comme perspective, non?

Absolument! D’ailleurs, observons bien que la durée de travail a déjà nettement diminué par rapport à il y a quelques décennies. C’est une bonne chose. Et c’est dû en partie à l’automatisation qui permet, d’une part, de produire davantage en travaillant moins et, d’autre part, de soulager l’humain des activités pénibles et répétitives en lui donnant la possibilité de se concentrer sur des tâches plus enrichissantes personnellement. De plus, la tendance à la réduction du temps de travail a permis aux gens de disposer de plus de temps pour eux, pour les loisirs, ce qui a permis de créer de nouvelles activités, dans le divertissement ou la culture par exemple, donc de créer de nouveaux emplois.

La valeur travail est importante en Suisse. Dans une économie massivement robotisée, avec moins de travail, voire plus du tout de travail réalisé par l’homme, que resterait-il de cette notion?

Elles ont déjà évolué et vont continuer de le faire. Et cette évolution est saine et souhaitable, car on ne doit plus considérer uniquement le statut et le rôle social d’un individu par rapport à son emploi et son salaire, mais plutôt par rapport à ses activités annexes; le bénévolat, la culture, la spiritualité, par exemple. C’est dans celles-ci que se trouve l’épanouissement de l’être humain.

Fabrice Breithaupt