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travailleurs finlandais© EPADepuis le 1er janvier, la Finlande verse 560 euros par mois à 2000 des ses citoyens actuellement sans emploi. L'expérience durera deux ans.

La Finlande teste son revenu universel non sans susciter les critiques

Depuis le 1er janvier, la Finlande est devenue le premier pays dans le monde à expérimenter ce système au niveau national.

Revenu de base, revenu universel, revenu d’existence… Quel que soit le terme choisi, cette allocation pour tous destinée à éradiquer la pauvreté et lutter contre la précarité est un vieux concept qui revient régulièrement dans les débats.

Lancée en 1792 déjà par le philosophe britannique Thomas Paine, rallié à la Révolution française, avec son slogan «Sans revenu, point de citoyen!» cette idée a été longtemps considérée comme utopique.

Remise à l’ordre du jour depuis le siècle dernier, et testée au Canada, en Alaska et aux PaysBas, elle est devenue réalité le 1er janvier 2017 en Finlande, premier pays du monde à l’expérimenter au niveau national.

Deux mille citoyens sans emploi, tirés au sort, âgés de 25 à 58 ans, reçoivent depuis le 9 janvier durant deux ans un montant net de 560 euros par mois, correspondant aux minima sociaux, dans ce pays où le chômage est de 8,1% et où le revenu net moyen disponible dépasse les 2200 euros (2360 francs) par personne selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

«Un revenu décent? Il ne permettrait sûrement pas de se tourner les pouces, déclarait début janvier à 24 heures Olli Kangas, président du groupe de travail sur ce projet à la Sécurité sociale finlandaise. En offrant ce montant modeste, les autorités veulent inciter les chômeurs à chercher activement un emploi, même temporaire ou partiel, et visent aussi à détourner les pièges du système qui encourage la passivité des chômeurs. Ces derniers ne percevront plus leurs indemnités de chômage, mais pourront bénéficier de l’aide au logement et de l’assurance-maladie. Et ils garderont ce revenu même s’ils trouvent du travail. Ce sera comme un supplément», explique Olli Kangas.

Ce groupe pilote sera comparé à un groupe de chômeurs traditionnels percevant des prestations sociales d’un montant similaire afin d’analyser le comportement des bénéficiaires du revenu de base pour savoir s’ils sont plus motivés que les autres sur le marché du travail.

Mais le projet d’un revenu universel n’a pas été facile à mettre en œuvre. Longtemps débattue en Finlande, la question a soulevé de nombreuses critiques tant sur la scène politique, notamment à gauche, que syndicale pendant des mois, estimant que son cadre était trop restreint pour en tirer des enseignements utiles.

Polémique

Du côté du patronat, on applaudit cette initiative. Ardent défenseur de cette idée depuis 2001, le magnat de la banque Björn Wahlros affirmait en octobre dernier sur la chaîne de la télévision publique Yle que «le nouveau marché de l’économie numérique et l’automatisation des tâches par les robots dans l’industrie vont laisser les cols bleus devant deux choix: prendre un emploi à bas salaire ou le chômage. La solution est d’introduire un revenu de base universel qui permet aux citoyens de chercher un travail pour le compléter.»

Promesse électorale du centriste et homme d’affaires Juha Sïpilä aux élections générales d’avril 2015, le revenu de base contribuerait «à promouvoir l’emploi et à simplifier le système de protection sociale».

Promesse tenue puisque arrivé au pouvoir en mai 2015 à la tête d’un gouvernement de centre droit, il a réussi à imposer ce projet adopté en décembre dernier par le Parlement, et largement soutenu par l’opinion publique.

En dépit d’un consensus, entre autres sur le montant du revenu de base (on évoquait au départ 1000 euros, voire plus) et sur l’échantillon choisi pour cette expérience, souhaitée initialement ouverte à toutes les catégories de citoyens, la plupart des partis hésitent à envisager son extension à toute la population.

«Cette idée insensée et incroyablement coûteuse entraînerait un déficit public jusqu’à 15 milliards d’euros si elle concernait tout le pays», assure l’écrivain et député de la Ligue verte Osmo Soininvaara, ancien ministre des Affaires sociales.

Un avis partagé par Joonas Rahkola, économiste à la centrale syndicale SAK pour lequel «ce projet sera impossible à étendre à tout le pays».

«Attendre et voir», c’est ce que préconisent les artisans du projet. La Finlande «se donne deux ans pour en évaluer les effets, selon le professeur Olli Kangas, directeur de recherche à Kela. Mais la durée du projet est cependant trop courte pour en tirer des conclusions fiables», estime-t-il. Olli Kangas préférerait «qu’elle soit beaucoup plus longue, qu’elle soit étendue à un plus large échantillon, jusqu’à 10 000 personnes, et qu’elle bénéficie de crédits nettement plus importants que les 20 millions d’euros octroyés actuellement» par la Sécurité sociale.

«Mon espoir est que ce test soit suivi par une expérience à plus large échelle incluant d’autres catégories de population comme les étudiants et les employés à temps partiel», ajoute Olli Kangas.

La question des coûts, insiste-t-il, est «essentielle pour le succès» de ce projet. «Le problème est qu’en principe les citoyens sont pour le revenu universel, mais en pratique, ils ne sont pas prêts à en payer le prix.»

Slim Allagui - Helsinki