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Intérieur avec escalier luxueux© Nicolas JutziL'intérieur d'un stand conçu par Pac Team à Baserlworld pour le joaillier Messika.

Il faut construire une palette de métiers pour construire les stands de Baselworld

Les stands des horlogers valent parfois plusieurs millions de francs. Rencontre avec un fabricant vaudois, Pac Team.

Plus grand salon de l’horlogerie et de la bijouterie du monde, Baselworld ouvre ses portes au public aujourd’hui. Chaque exposant présente ses montres ou ses bijoux dans des stands dont certains coû- tent aussi cher qu’une villa de luxe. Pour quelles raisons? Parce que les stands montés à l’occasion du salon bâlois sont faits sur mesure et ne sont utilisés que pour Baselworld. Ils comportent parfois plusieurs étages et occupent une surface qui peut atteindre plus de 1000 m2. Leur finition est particulièrement soignée, avec de la moquette, du cristal, des dorures, des lustres, des moulures, que des matériaux de première qualité pour que l’écrin soit à la hauteur des objets présentés.

Entrons dans les coulisses de cette activité avec l’un des cinq fabricants officiels de la manifestation bâloise, Pac Team. «Ce titre ne nous assure pas du travail, précise d’entrée Alain Borle, directeur général de la société familiale basée au Mont-sur-Lausanne. Nous avons un avantage de visibilité mais les exposants sont libres de passer par une autre société. C’est un secteur très concurrentiel. Nous produisons tous les éléments de nos stands, qu’ils soient en métal, en bois, en plastique ou en verre. Nous réalisons aussi toute la partie électrique. En tout, nous montons 22 stands sur mesure à Baselworld cette année. Les trois dernières semaines avant l’ouverture du salon, 250 ouvriers monteurs sont sur place. Durant huit jours, pas moins de 40 camions remorques sont nécessaires pour acheminer le matériel pour construire nos stands à Baselworld.»

Baselworld est l’une des périodes phares de l’activité de Pac Team. Le salon représente un tiers de son chiffre d’affaires. Mais la société, qui est aussi présente en Italie, en Chine et aux Etats-Unis, a d’autres activités dans le luxe ou le vin, par exemple. Pac Team fait ainsi des présentoirs, du mobilier, des vitrines, du packaging, des lieux d’animation.

«Nous employons une large palette de professionnels, poursuit Alain Borle. Des peintres, des vitriers, des maçons, des menuisiers, des électriciens, des informaticiens, des spécialistes de la climatisation. Mais aussi des designers, des architectes et des directeurs de travaux, par exemple.»

Pour Baselworld, l’élaboration d’un grand stand se fait à l’avance, dans le meilleur des cas. «Parfois, un client veut des choses contradictoires, admet le directeur général de Pac Team. Il vient le plus souvent avec un architecte. De notre côté, nous avons une équipe de concepteurs. Il faut d’abord se mettre d’accord avec le futur exposant sur tous les détails, de la façade aux escaliers, de l’éclairage au mobilier, en passant par la climatisation, et concevoir le stand sur plan. Notre expérience est longue et nous connaissons bien entendu les besoins des horlogers ou des bijoutiers. Une fois cette étape franchie, nous fabriquons une maquette du stand dans notre usine de Nichelino, près de Turin. Quelque temps plus tard, nous invitons le partenaire à venir la voir. Nous pouvons encore changer des éléments. Puis nous passons à la fabrication.»

La construction des stands entraîne une grande période de stress durant deux mois. Parfois, les délais sont très courts quand le client se décide au dernier moment. «Nous avons parfois à peine trois semaines pour produire un stand de 900 m2, admet Alain Borle. Le plus compliqué, c’est la coordination entre les métiers, et les changements de dernière minute.»

Répertoire précis

 Une fois le stand construit dans l’usine italienne, il est aussitôt démonté élément par élément. Chaque pièce est notée, répertoriée et emballée dans des caisses avant le départ pour Bâle.

Sur place, une fois le stand monté, le client a souvent encore envie de changer quelque chose, d’ajouter un élément, une lumière, etc. «Une année, nous avons dû modifier toute la décoration des façades d’un stand à la veille de l’ouverture du salon, se rappelle Alain Borle. Nous avons une équipe technique sur place qui prend le relais des ouvriers monteurs pour répondre à ces demandes de dernière minute.»

Une fois Baselworld passé, il s’agit de démonter chaque stand, de remballer les pièces numérotées dans leurs caisses, de répertorier les pièces qui nécessitent d’être remplacées, par exemple. Le matériel est ramené à Nichelino où il est stocké jusqu’à la prochaine édition de Baselworld. «Un stand a une durée de vie de quatre ou cinq ans, en principe, précise Alain Borle. Au-delà, cela devient difficile de le remonter.»

Prix élevé

Le prix d’un stand atteint parfois plusieurs millions de francs pour les constructions très complexes. «Le prix très élevé se justifie pour deux raisons principales, explique Alain Borle. Tout d’abord il demande beaucoup d’heures de travail, entre la conception, la fabrication du prototype, les modifications apportées aux différentes étapes du projet. Ce travail se fait sur une courte période. D’autre part, le stand doit être conçu comme un élément démontable. Nous devons prévoir son entreposage et le remontage. C’est plus compliqué que de faire une construction pérenne. Les années suivantes, nous facturons la moitié du prix pour le remontage et le démontage.»

Laurent Buschini